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L’image d’architecture doit-elle être honnête ?

Montrer un projet… ou le vendre ?

Que demande-t-on aujourd’hui à une image d’architecture ?

La réponse la plus évidente serait probablement : qu’elle soit photoréaliste.
 Autrement dit, qu’elle représente fidèlement un projet, sa matérialité, sa lumière, son environnement et ses usages, au point de pouvoir être confondue avec une photographie.
Mais derrière cette notion de “photoréalisme” se cachent en réalité des approches très différentes. Et parfois même opposées.

On pourrait grossièrement distinguer deux grandes familles d’images.

La première pourrait être qualifiée d’« honnête ».

L’idée ici serait de produire une image comparable à une photographie que l’on aurait prise du projet une fois celui-ci construit. Une image où rien n’est excessivement magnifié, où la lumière reste crédible, cohérente avec le climat, la saison ou la géographie réelle du lieu représenté. Une image où l’on ne triche pas, où l’on n’exagère pas.

Dans cette approche, un projet de logements situé à Brest n’est pas systématiquement baigné d’une lumière méditerranéenne estivale. Les ciels peuvent être voilés, les ambiances plus sobres, parfois même mélancoliques. La recherche du “beau” ne passe pas nécessairement par la spectacularisation, mais davantage par le cadrage, la composition ou la justesse de l’atmosphère. Un photographe, lui, doit composer avec le réel. Il ne peut pas déplacer le soleil au nord-est parce que la composition fonctionne mieux ainsi, ni transformer un ciel de novembre en éternelle fin d’après-midi de juin. Et pourtant, cela n’empêche pas ses photos d’être belles.

Ces images sont également souvent plus calmes, plus épurées. Les personnages y sont rares, parfois absents, afin de recentrer l’attention sur l’architecture elle-même.

Le studio norvégien MIR incarne probablement l’exemple le plus célèbre de cette sensibilité. Bien entendu, toute catégorisation reste réductrice, mais leur travail illustre parfaitement cette recherche d’images contemplatives, presque photographiques.

À l’opposé, on trouve une approche que l’on pourrait qualifier de plus « publicitaire ».
Le terme peut sembler péjoratif, mais il ne doit pas nécessairement l’être.

Ici, l’objectif n’est plus seulement de représenter un projet, mais aussi de le raconter et de le rendre désirable. L’image cherche alors à évoquer une tranche de vie, un souvenir et invite à se projeter. L’architecture devient autant le décor de cette scène de vie, que son sujet.
Cette approche assume davantage la mise en scène et la narration : lumières spectaculaires, végétation généreuse, atmosphères cinématographiques, scènes de vie animées. Le projet semble pleinement habité, vivant, approprié par ses usagers. Les gens y semblent heureux, y sont “chez eux”.

Loin d’être un simple artifice, cette démarche répond aussi à une réalité : un bâtiment n’existe jamais uniquement pour lui-même. Il existe pour accueillir des usages, provoquer des émotions et créer des expériences.

Dans ce registre, le studio Luxigon a profondément marqué toute une génération de perspectivistes par sa liberté et son audace graphique ainsi que sa capacité à construire des images immédiatement mémorables.

Bien entendu, ces deux approches ne sont ni totalement opposées, ni hermétiques. La plupart des images naviguent quelque part entre ces deux pôles.
Et au fond, selon moi, la question n’est peut-être pas tant de savoir quelle approche serait la bonne, mais plutôt laquelle est la plus pertinente selon le contexte.

Dans le cadre d’un concours, par exemple, une image doit souvent capter très rapidement l’attention, raconter une intention et permettre à un projet d’émerger parmi les autres propositions. Une image plus expressive ou plus narrative peut alors devenir un véritable outil de communication.
En parlant de jury de concours, beaucoup de gens ne sont pas forcément sensibles à une “belle photo”, et restent très focalisés sur ce qui est représenté, et non pas comment cela est représenté. Montrez les images de Jeudi Wang (que je trouve personnellement magnifiques) à quelqu’un qui n’est pas architecte, et vous entendrez souvent : “mouais… c’est triste, ça manque de vie, ça fait pas envie…”, ce à quoi on aurait envie de répondre que tout le monde ne rêve pas systématiquement de vacances à Punta Cana. Mais je m’égare !

À l’inverse, de nombreux architectes confrontés à la dure réalité de leur métier, et de la réelle difficulté de faire sortir leurs projets de terre souhaitent aujourd’hui des images capables de se confondre avec des photographies, notamment pour leurs références ou leurs publications. Une manière ainsi d’éviter l’écueil d’une architecture qui semblerait exister uniquement à travers ses représentations.

Je n’ai pas de réponse définitive à cette question. J’ai longtemps défendu une image capable de “sublimer” un projet, parfois même au-delà du réel. Mais avec le temps, j’aspire davantage à des représentations plus sobres, plus silencieuses peut-être, sans pour autant renoncer à la dimension sensible et émotionnelle de l’image.

Car au fond, l’objectif reste probablement toujours le même : parvenir à révéler les forces et les qualités d’un projet et rendre perceptible une intention architecturale sans avoir besoin de l’expliquer avec des mots, au travers d’une simple image, et c’est peut-être déjà beaucoup.

Julien BENEZET

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