Quand l'architecture devient le décor d'une fiction
Le Couloir : anatomie d'un petit film d'horreur
À l’origine de ce petit film, il y avait une commande tout à fait sérieuse. Et quelques essais de décoration qui ont fini par prendre une tournure inattendue…


Un couloir, plusieurs histoires…
Pour le projet The Babel Community à Massy, Jacques Le Du, de Querencia Architectes, m’avait déjà confié la réalisation de plusieurs perspectives, notamment une chambre et la cour intérieure de l’établissement.
Il m’a ensuite demandé de travailler sur la décoration des couloirs desservant les chambres. The Babel Community possède une charte bien définie : murs anthracite, cimaises et moquette claire. L’ensemble est élégant, mais nous souhaitions explorer quelques alternatives.
J’avais organisé ma maquette 3D pour faire varier facilement les matériaux et les couleurs. Nous avons donc multiplié les essais : bleu nuit, carbone et ivoire, cimaises dorées… Certaines propositions étaient convaincantes, d’autres un peu moins.
Puis, au fil des discussions — un verre de Chablis aidant peut-être —, les recherches ont commencé à s’éloigner du cahier des charges : un couloir de pub irlandais, une interprétation inspirée du « Grand Budapest Hotel » de Wes Anderson, une autre évoquant les couleurs d’ « Asteroid City »… Nous prenions manifestement plus de plaisir à imaginer des versions improbables qu’à choisir une nouvelle teinte de peinture !
Finalement, The Babel Community a conservé sa décoration d’origine. Et je dois reconnaître que c’était probablement le meilleur choix.
Le couloir n’avait pas changé. Pourtant, selon sa lumière et ses couleurs, il semblait raconter des histoires très différentes. J’avoue avoir ressenti une certaine frustration à l’idée que toutes ces expérimentations allaient finir dans un dossier d’archives, au fond d’un disque dur.
Et si le couloir devenait inquiétant ?
Dès la réalisation de la perspective initiale, j’avais commencé à jouer avec l’atmosphère du lieu. Toutes les portes étaient fermées et l’ensemble me paraissait un peu froid. J’avais donc ajouté des appliques à lumière très chaude, absentes de la charte initiale, puis entrouvert une porte pour laisser s’échapper la lumière d’une chambre.
Ce qui n’était au départ qu’un choix de composition introduisait déjà une forme de mystère. Une porte ouverte dans un couloir, c’est une invitation à regarder au-delà. On se demande instinctivement ce qui se trouve derrière.
Il ne restait plus qu’à laisser cette porte s’ouvrir toute seule…
Ainsi, une idée avait commencé à germer : et si ces différentes ambiances pouvaient se succéder au cours d’une animation ? Puisque je disposais déjà du modèle 3D, pourquoi ne pas en faire autre chose qu’une simple perspective ou une galerie de variantes ?
La version « David Lynch » m’inspirait beaucoup. Et si le couloir devenait inquiétant, voire carrément flippant ? Juste en changeant de couleur !
Je suis donc reparti de la version anthracite retenue pour le projet, sans modifier fondamentalement l’architecture. Pour animer ce décor, je disposais finalement de peu de moyens : déplacer la caméra, faire bouger quelques portes et modifier les éclairages. Pas de personnage visible, pas de créature surgissant de l’ombre. Tout devait être suggéré.
Le principe du film est simple : une caméra subjective nous place à la hauteur d’un personnage qui avance dans un couloir d’hôtel. Une porte se referme derrière lui. Une autre s’ouvre toute seule. Les lumières commencent à se comporter étrangement…
Il ne se passe finalement pas grand-chose à l’image. Mais c’est justement ce qui m’intéressait : créer une inquiétude sans montrer ce qui la provoque.
Le mouvement de caméra devient alors essentiel. Il doit suggérer la marche, l’hésitation, le retournement, puis la fuite, sans jamais montrer le personnage. Il ne sert plus seulement à parcourir un espace : il raconte une histoire.
Le son : plus qu'un simple habillage
Drone Dark
Eerie Drone
LFE Hit Impact
Door
Door Squeak
Door Knock
Footsteps Bare Walk
Breath Male
Heartbeat
Pulse Ring
Lights On and Off
Smash Glass
Growling Animal
Scream
Horror scream long
Horror Violin Tremolo
Pulsating dissonant strings
Mystery Accents
NB. Vous pouvez jouer plusieurs sons en même temps. Enjoy !
Une fois les images calculées et montées, il restait un problème de taille : sans le son, mon couloir n’avait franchement rien de très effrayant.
J’avais déjà réalisé quelques sonorisations pour des films d’architecture, mais jamais avec une telle intention dramatique. Il a donc fallu expérimenter.
J’ai commencé par les éléments les plus concrets : les pas sur la moquette, les portes, la poignée, le grincement des gonds, la ventilation. Puis sont venues les ambiances plus sourdes, les grondements, les respirations et les battements de cœur.
Un bruit presque imperceptible peut installer une tension. Un silence soudain peut la renforcer. Et quelques secondes plus tard, un son brutal peut transformer un simple changement d’éclairage en véritable sursaut.
La bande-son a progressivement pris une place considérable dans la mise en scène. Elle suggère ce que l’image ne montre pas et donne une présence à ce qui demeure invisible.
Le plus intéressant était de comprendre quand faire intervenir les sons, à quelle intensité, et surtout quand les faire disparaître. À certains moments, j’ai eu l’impression de fabriquer davantage le film avec mes oreilles qu’avec mes yeux !
J’ai surtout constaté à quel point la bande-son pouvait transformer la perception d’une même séquence. Avec d’autres choix sonores, ce couloir aurait pu devenir simplement mystérieux, inquiétant, voire franchement absurde.
Halloween fournissait un prétexte idéal pour pousser l’expérience plus loin et jouer pleinement avec les codes du cinéma d’horreur.
Une petite expérience,et quelques perspectives…
L’animation et les rendus ont été réalisés sans génération vidéo par intelligence artificielle. L’IA générative est toutefois intervenue ponctuellement pour réinterpréter le logo ILLUMINENS sous la forme d’un graffiti, ensuite retravaillé dans Photoshop.

Ce petit film n’avait aucune autre ambition que celle de m’amuser et d’explorer quelques possibilités de l’animation.
Mais il m’a aussi rappelé à quel point notre métier ne consiste pas seulement à représenter une architecture. Une même maquette, un même décor peuvent susciter des impressions radicalement différentes selon la manière dont on les éclaire, dont on les parcourt et dont on les met en scène.
Au départ, nous cherchions simplement une autre couleur pour les murs d’un couloir d’hôtel.
Quelque temps plus tard, je cherchais à en faire un endroit où personne n’aurait envie de mettre les pieds.
Projet : The Babel Community, Massy — Querencia Architectes
Le Couloir — ILLUMINENS, Halloween 2026.













